07 août 2009
Autodafé numérique

Georges Orwell © ?
Cette info a été relayée ici et là il y a quelques jours déjà et a fait couler beaucoup d'encre sur la toile* :
« Voici nos excuses pour la manière dont nous avons traité le problème des exemplaires de “1984” et d'autres romans qui avaient été vendus illégalement sur le Kindle. Notre “solution” au problème était stupide, inconséquente et douloureusement en dehors de nos principes.
C'est notre entière responsabilité et nous méritons les critiques que nous avons reçues. Nous utiliserons le pansement sur la cicatrice de cette pénible erreur pour prendre de meilleures décisions à l'avenir, compatibles avec notre mission.
Avec nos excuses profondes à nos clients,
Jeff Bezos
Fondateur et PDG
Amazon.com »
Eh oui, plus besoin de flammes pour faire un autodafé à l'heure du tout numérique.
*Le dernier texte lu à ce sujet parle d'une attaque en justice qui risque de rapporter gros : http://www.ebouquin.fr/2009/07/31/un-etudiant-poursuit-amazon-en-justice/
18 mai 2009
What Else?
Les initiés l'appellent EBM. Je dirai juste que le seul E.B.M.* que je cautionne est celui qui est le sous-genre industriel né en Belgique il y a quelques années déjà. 30 ans plus tard, les vrais instruments existent toujours, les concerts live avec des gens également. J'ose espérer qu'il en sera de même pour les livres, les vrais...
*Il y a vingt ans, en inscrivant les mots « Electronic Body Music composed and performed by Front 242 » (prononcez 2-4-2) sur la pochette du disque « No Comment », ce quatuor belge, enfant de Kraftwerk, Wire et Fad Gadget, inventait sans le savoir le nom de la musique qu’il avait lui-même initiée : l’Electronic Body Music (EBM). (Paru dans Technikart n° 71)
10 avril 2009
Autodafé arctique
Je ne les ai vus qu'en photos et je dois dire que j'ai hâte de voir les travaux de Matej Krén.
Voici la présentation du travail de l'artiste trouvé sur le site de la Revue Nouvelles-hybrides. Je laisse à l'auteur de ce texte la responsabilité de son analyse. Je me limiterai juste à préciser que cet artiste a trouvé son PASSAGE, c'est tout ce qui compte à mes yeux.
Matej Kren est un artiste très inhabituel, même parmi les artistes contemporains, pour lesquels l’originalité est une obligation.
Que fait-il ? Par exemple des tours de livres empilés qui donnent l’impression, grâce à des miroirs habilement disposés, de se prolonger à l’infini vers le haut comme vers le bas. Ou bien il transforme des livres en objets qui ressemblent à s’y méprendre à des pierres, de formes et de textures extrêmement variées, qu’il dispose ensuite en jardin minéral miniature (parle-t-on de « bonsaï » pour les pierres ?). Ou bien il brûle chaque volume d’une Histoire de l’Art et l’insère dans un cube de verre en fusion, le résultat ayant l’apparence d’un gros glaçon de verre laissant entrevoir les restes d’une obscure catastrophe. Ou encore il monte un large miroir sur un mécanisme de porte de garage et invite à découvrir le lieu environnant par le biais de ses déplacements.
Chacune de ces installations est de prime abord très impressionnante, par la nouveauté et la radicalité de sa conception comme par la réalisation extrêmement longue, complexe et précise qu’elle suppose.
On suppose bien sûr que cet artiste ne fait pas de telles choses seulement pour épater le public avec son aptitude à réaliser des exploits artistiques qui pourraient lui valoir une mention dans le Livre des records. Toutes ces œuvres énigmatiques signifient quelque chose, mais quoi ? Les critiques qui ont eu l’occasion de voir les premières versions de sa tour de livres l’ont rapprochée de la fameuse Bibliothèque de Babel imaginée par Borges, et bien sûr il y a quelque chose de commun, mais le sens de cette fiction borgesienne n’est pas si évident qu’on le croit, et l’apparition d’œuvres nettement différentes dans leur forme comme dans leur principe oblige à interroger la démarche de Matej Kren dans son ensemble.
L’hypothèse qui vient à l’esprit semble assez improbable, mais elle « colle » avec ce qu’on peut voir et … je n’en vois pas d’autre. Il me semble que toutes ces œuvres improbables disent une même pensée fondamentale : l’art est mort, l’histoire de l’art est finie, la culture est morte, les bibliothèques n’ont plus lieu d’être, le cinéma n’est qu’un divertissement. Quelqu’un qui a ce deuil en tête (et ceux qui ont fait le constat de l’incroyable misère artistique et poétique de notre époque comprendront sans trop de difficulté cette vision désolée de l’histoire de la culture dans ce qu’elle a de plus sublime) peut utiliser les livres comme matériaux de construction, ou les transformer en pierres, ou brûler des volumes d’Histoire de l’art, ou remplacer le cinéma par le spectacle de la salle de spectacle. Une pensée si noire paraîtra immédiatement choquante et d’un pessimisme apocalyptique inacceptable pour quiconque ne s’est jamais demandé ce que signifiaient les œuvres d’avant-garde, du Futurisme au Conceptualisme, mais ceux qui sont un tant soit peu familiers de ces ruptures radicales avec tout ce qui a précédé en reconnaîtront vite une nouvelle variante : à une époque où plus personne ne croit aux avant-gardes, Matej Kren est un avant-gardiste type. Comme il est conscient de cet anachronisme (vers la fin des années 80, en réaction au « postmodernisme » dont tout le monde se gargarisait alors, il avait forgé, pour caractériser l’époque, le néologisme de « postintelligence », et ma foi, … nous y sommes encore, non ?), il s’est formé une version « zen » de la pensée du dépassement de l’Art (qui a toujours partagé l’anti-intellectualisme de cette branche du Bouddhisme). Ses œuvres sont des utopies sensibles, des utopies alternatives aux mondes fictifs des œuvres d’art, des livres ou des films, des utopies de fin de l’imagination et de retour à la réalité pure, non filtrée. À cet égard il est de la « famille » spirituelle et artistique de Duchamp, Cage, Degottex, Tinguely, Klein, Dietman, Filliou, Dupuy ou, parmi les tchèques et slovaques, Bostik, Kolar, Sykora, Knizak, Bartusz, Kern, Sikora, Toth, Bockay ou Fischer.
Si maintenant on fait abstraction des limites de « l’art contemporain » (qui a trouvé dans ce genre d’entreprise artistique son sens le plus fort, dans la mesure où elles suscitent des œuvres qui permettent de retrouver l’absolu du présent), l’omniprésence des miroirs dans ce que fait Matej Kren conduit à un autre rapprochement avec Borges : dans la civilisation fictive de Tlön, les miroirs sont interdits. Pourquoi ? Parce qu’ils multiplient les êtres. Ils engendrent des doubles imaginaires de tout ce qui peut s’y refléter, et « l’âme » de Tlön a tous les doubles en horreur, qu’ils soient créés par les miroirs, la mémoire, l’imagination ou la pensée. Réfléchissez à l’usage que Kren fait des miroirs, et vous comprendrez qu’il cherche à empêcher les livres, les œuvres ou les écrans de faire leur travail de miroirs métaphoriques. Les illusions d’infini que créent les miroirs dans les tours de livres, par exemple, révèlent la vérité matérielle de l’infinité de la culture livresque, font apparaître les livres du côté absurde où ils ne « réfléchissent » rien.
Étrange forme de la passion de la vérité et de la haine de toute illusion. Cette création de lieux vertigineux à partir de restes morts de la culture ne manque certainement pas d’ampleur. Mais elle ne manque pas non plus d’une certaine naïveté, car on n’échappe pas aux doubles, nous sommes incapables de nous contenter du seul présent et de la seule présence « réelle », matérielle : quand les miroirs montrent l’illusion des miroirs, seul le fou les regarde, mais que celui qui ne se conduit pas comme ce fou là aille jeter la première pierre sur ces objets du diable …
Et puis, on peut penser que l’art n’est pas mort, qu’il est même loin d’avoir dit son dernier non mot ; et que même ces tentatives désespérées pour le lui faire hurler contribuent, si besoin est, à faire la preuve de son aptitude à toujours renaître de ses cendres.
08 avril 2009
Traverses de lecture 32

Library - Biblioteca © Pioforsky
The lesson : Chapter One Why so far is so close? © Pioforsky
La gallerie de Pioforsky se trouve ici
Je l'ai découvert par hasard sur le net grâce à Itseni
que je remercie
07 avril 2009
Bibliothèque en bois
Quand j'ai découvert cette étagère, je me suis dit : "En voilà enfin un qui a pensé aux gens qui veulent se faire inhumer avec une partie de leurs livres favoris!"
J'en connais qui en rêvent...
J'étais tout parti et je fus déçu en découvrant qu'il s'agissait en fait d'un cercueil démonté. Où est l'intérêt? Enfin, l'idée de base est là, il ne reste plus qu'à revoir le plan afin que le cercueil, une fois monté, puisse accueillir des étagères dignes de ce nom et continuer à héberger les livres préférés de son habitant.
Je pense franchement que certains payeraient pour ça!!!



Shelves for life © William Warren
07 mars 2009
Santé
Des semaines de préparation, une semaine de congés et - comme toujours après une longue période de déconnexion... - des milliers de posts à trier et à découvrir dans Google Reader, des milliers de photos numériques à importer et à trier, un retard considérable en matière de films à visionner (que ce soit au cinéma ou en dvd), des heures d'émissions et de films enregistrés sur mon DD, sans oublier un super méga gros salon qui se prépare au boulot. En un mot, on peut dire que c'est la
CATA.
Avant mon vrai retour sur ce blog, voici quelques photos pour vous permettre de patienter et qui, j'en suis certain, ne laisseront pas mes amis biblioliques indifférents. Ah la Pologne et le Danemark...


Zaventem © tex_242
23 janvier 2009
Autodafé 361

Farenheit 451 / François Truffaut

Alors que le français moyen possède 156 livres et que Babelio a fixé la limite de la gratuité à 300 ouvrages, un ami de Perec est arrivé au nombre suffisant de 361*.
Merci à L.L. de Mars pour cette re-découverte du texte de Perec. Cliquez sur les images pour lire un extrait du texte de Perec tout au bout en bas à droite ainsi que la bibliothèque des Limites de L.L. de Mars
*In : Penser-classer / Georges Perec. - Paris : Éd. du Seuil,
2003. - 175 p. ; 23 cm
ISBN 2-02-058725-4
29 décembre 2008
Traverses de lecture 22

La lecture / Hugo Pratt
25 décembre 2008
Autodafé chinois
Un réel coup de foudre pour ce livre qui nous parle de la Chine de Mao, d'une valise, de violon,s de livres, de cinéma, de médecine, de rééducation, de Balzac et d'Edmond Dantès et, enfin, d'autodafés.

Balzac et la petite tailleuse chinoise / Dai Sijie. -
[Paris] : Gallimard, 2001
. - 228 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. - (Collection
Folio ; 3565)
ISBN 2-07-041680-1
P. 65
Souvent, après minuit, on éteignait la lampe à pétrole dans notre maison sur pilotis, et on s'allongeait chacun sur son lit pour fumer dans le noir. Des titres de livres fusaient de nos bouches, il y avait dans ces noms des mondes inconnus, quelque chose de mystérieux et d'exquis dans la résonance des mots, dans l'ordre des caractères, à la manière de l'encens tibétain, dont il suffisait de prononcer le nom, « Zang Xiang », pour sentir le parfum doux et raffiné, pour voir les bâtons aromatiques se mettre à transpirer, à se couvrir de véritables gouttes de sueur qui, sous le reflet des lampes, ressemblaient à des gouttes d'or liquide.
- Tu as déjà a entendu parler de la littérature occidentale? me demanda un jour Luo.
- Pas trop. Tu sais que mes parents ne s'intéressent qu'à leur boulot. En dehors de la médecine, ils ne connaissent pas grand-chose.
- C'est pareil pour les miens. Mais ma tante avait quelques bouquins étrangers traduits en chinois, avant la Révolution culturelle. Je me souviens qu'elle m'avait lu quelques passages d'un livre qui s'appelait Don Quichotte, l'histoire d'un vieux chevalier assez marrant.
- Et maintenant où ils sont, ces livres?
- Partis en fumée. Ils ont été confisqués par les Gardes rouges, qui les ont brûlés en public, sans aucune pitié, juste en bas de son immeuble.
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P. 74
Je décidai de copier mot a mot mes passages préférés d'Ursule. C'était la première fois de ma vie que j'avais envie de recopier un livre. Je cherchai du papier partout dans la chambre, mais ne pus trouver que quelques feuilles de papier à lettres, destinées a écrire a nos parents.
Je choisis alors de copier le texte directement sur la peau de mouton de ma veste. Celle-ci, que les villageois m'avaient offerte lors de mon arrivée, présentait un pêle-mêle de poils de mouton, tantôt longs, tantôt courts, à l'extérieur, et une peau nue à l'intérieur. Je passai un long moment à choisir le texte, à cause de la superficie limitée de ma veste, dont a peau, par endroits, était abîmée, crevassée. Je recopiai le chapitre où Ursule voyage en somnambule. J'aurais voulu être comme elle : pouvoir, endormi sur mon lit, voir ce que ma mère faisait dans notre appartement, à cinq cents kilomètres de distance, assister au dîner de mes parents, observer leurs attitudes, les détails de leur repas, la couleur de leurs assiettes, sentir l'odeur de leurs plats, les entendre converser...
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P. 207
Chaque fois que je pense a lui, je me souviens d'une anecdote qu'on m'a racontée : un jour, les Gardes rouges fouillèrent sa maison, et trouvèrent un livre caché sous son oreiller, écrit dans une langue étrangère, que personne ne connaissait. La scène n'était pas sans ressemblance avec celle de la bande du boiteux autour du Cousin Pons. Il fallut envoyer ce butin à l'Université de Pékin pour savoir enfin qu'il s'agissait d'une Bible en latin. Elle coûta cher au pasteur car, depuis, il était forcé de nettoyer la rue, toujours la même, du matin au soir, huit heures par jour, quel que fût le temps. Il finit ainsi par devenir une décoration mobile du paysage.
Il ne me reste plus qu'à voir le film.

L'acteur Ye Liu dans le rôle du narrateur Ma
18 décembre 2008
Oeuf
Marabout va fêter ses 50 ans en 2009, l'occasion pour nous de nous poser une question fondamentale :
Qu'est ce qui fait LA bibliothèque :
le livre ou la bibliothèque?
Source : Marabout Flash 2009















