03 mai 2009
Traverses de lecture 34
© Tardi
Le serrurier volant / Tonino
Benacquista ; illustré par Tardi. - [Paris] : Gallimard, impr. 2008. - 1 vol. (143 p.) : ill.,
couv. ill. ; 18 cm. - (Collection Folio ; 4748 )
ISBN 978-2-07-034778-0
Le vrai PASSAGE se trouve chez Hector...
30 septembre 2008
Passou
On connait très bien l'Assouline internaute dans le monde des blogs littéraires. Il est même devenu une référence incontournable en la matière et il manipule à merveille médium. En témoigne - bien que mon avis soit sujet à discordes - son blog Comment écrire un roman! où il écrit à tasse découverte...* Ce Passou, comme il aime à se faire appeler sur la toile, a parfois des avis un peu trop carrés, est de mauvaise foi dans certain cas mais, chaque jour, il m'apprend ou me fait redécouvrir certaines choses. Je ne pensais pas reparler de lui à cet endroit, il fait partie de ces gens qui n'ont pas besoin qu'on parle d'eux. Pourtant...
Une visite chez Molière et hop, me voici de retour à la maison avec, entre autres**, La cliente (rien à voir avec le film de Josianne). Décidé à enfin lire un livre de ce blogueur compulsif, je me suis laissé tenter par le 4e de couv. C'est avec plaisir que je découvris les premières lignes du livre. un roman sans prétention qui m'a plu du début à la fin. Merci Passou.

La cliente / Pierre Assouline. - [Paris] : Gallimard,
2000. - 189 p. :
couv. ill ; 18 cm. - (Collection Folio ; 3347)
ISBN 2-07-041274-1
On n'en finira jamais avec cette histoire. Elle nous hante, elle nous obsède, impossible de nous en débarrasser. Plus d'un demi-siècle que la méduse nous colle à la peau. Quand certains meurent de leurs mœurs, d'autres étouffent encore de ce passé qui ne passe pas. Après tout, à chacun ses insomnies. Les plus à plaindre ont la nostalgie de ce qu'ils n'ont même pas connu. Cet étrange spectre est l'astre noir de notre morale. Qui saura l'exorciser ? Qui...
J'en étais là de mon délire quand la voix hésitante du hautparleur interrompit la course de la plume sur le papier. La bibliothèque allait fermer. Je relevai la tête, comme hébété.
Les lecteurs alentour ne semblaient pas tellement plus frais que moi. De quelle émeute médié-ale pouvaient-ils bien émerger? Une chronique d'une infinie brutalité se lisait dans leur regard. Manifestement, on s'était beaucoup battu ce jour-là chez eux. En tout cas plus que chez moi.
(...)
*Attention, ce n'est pas la tasse à elle seule qui me permit de confirmer qu'il s'agissait bien de lui. Il suffit de creuser, de voir ses autres blogs, ses autres projets et tout s'entrecroise.
**On ne sort pas de la librairie Molière avec UN livre mais avec DES livres en fonction de ce qui reste sur son compte en banque tant elle vaut le détour. Elle occupe une place de choix dans mon guide vert intérieur.
24 juillet 2008
Un métier d'avenir
Je me présente : Marie-Constance G., trente-quatre ans, un mari, pas d'enfants, pas de profession. Hier, j'écoutais le son de ma voix. C'était dans la petite chambre bleue de notre appartement qu'on appelle la « chambre sonore ». Je me récitais des vers de Baudelaire qui me revenaient. Il me semble que ma voix st plutôt agréable, Mais s'entend-on soi-même ?
Justement, mon amie Françoise, rencontrée la semaine dernière, m'a dit : Tu as une merveilleuse voix, c'est idiot de n'en rien faire, et plus idiot encore de rester inactive, une femme doit absolument avoir une occupation à notreépoque... quand nous étions ensemble au Conservatoire, tu montrais réellement beaucoup de talent... pourquoi ne mets-tu pas une annonce dans les journaux pour proposer d'aller faire la lecture à domicile chez les uns ou les autres ? Françoise est charmante, mais elle a souvent des idées saugrenues. En ce qui la concerne, elle a plutôt les pieds sur terre - elle est secrétaire chez un avocat -, elle n'en projette que plus volontiers sur les autres un grain de romantisme et de bizarrerie. Idée bizarre en effet: se faire lectrice à domicile, à l'heure des livre s-cas settes, comme au temps des duchesses, des tsarines et des dames de compagnie. Mais non, a dit Françoise, pas du tout, ce peut être très différent aujourd'hui, tout à fait pratique et concret : des malades, des handicapés, des vieux, des retraités, des célibataires. Perspective réjouissante, en effet. Mais j'avoue que des célibataires, c'est drôle. L'idée a cheminé en moi.
La Lectrice / Raymond Jean. - Paris : J'ai lu, 1988. - 178 p. : couv. ill. en
coul. ; 17 cm. - (J'ai lu ; 2510. Roman).
ISBN 2-277-22510-X
Pourquoi un métier d'avenir?
Parce que...
22 juillet 2008
Milly-la-Forêt

Portrait de Cocteau © Lipnitzki-Viollet
“L’inondation du désordre” se canalise dans l’inspiration de la créativité. S’il aime tant s’entourer de pièces de valeur, il se méfie cependant du “bon goût”, qu’il considère comme “une faute de goût”.
(...)
Jean Marais raconte : “Que ce soit l’écriture, la peinture ou le dessin, son travail était presque toujours dicté par des forces externes à lui-même. Un jour, dans un train, il me demanda tout d’un coup un bout de papier. Je n’avais à lui proposer que mon carnet d’adresses, qui à l’époque était assez démuni. Je lui demandai à quoi il pensait.
“Il m’arrive des bouffées de texte, si je ne m’en débarrasse pas, je ne pourrai pas écrire ensuite”, fut sa réponse.”*
Cocteau, c’est aussi un timbre et quel timbre... les timbres, un des passages parmi lesquels il m'arrive encore - de temps à autres - de me perdre...
* Maisons d'écrivains / photogr., Erica Lennard, textes, Francesca Premoli-Droulers ; prologue, Marguerite Duras. - Paris : Éd. du Chêne, 1994. - 199 p. : ill. en noir et en coul. ; 32 cm
Bibliogr. p. 198-199. - ISBN 2-85108-801-7
18 juillet 2008
Le K à la manière de Lewis*
Le dernier post d'Assouline - consacré à la rentrée littéraire - m'a donné envie de vous océriser (ce terme est-il également entré dans le nouveau jargon *officiel* du Larousse qui s'éloigne de plus en plus du babélisme mondial d'une certaine manière...?) un passage d'une nouvelle de Dino Buzzati dont je ne saurais que vous conseiller la lecture.
Est-il vrai que les critiques n'osent plus critiquer en faisant abstraction de la renommée de l'écrivain étudié?
Un écrivain osera-t-il un jour jouer à ce jeu ou quelqu'un travaille-t-il déjà à celà???
Autant de questions auxquelles j'aimerais pouvoir répondre...
Ce livre dont j'avais lu un chapitre pour l'école il y a un peu moins de 20 ans - DEJA! - m'avait passionné. Je ne l'ai pas relu depuis mais vais entamer la relecture d'une des nouvelles avec vous.

Couverture illustrée par © Pierre Faucheux / Dedalus
Le secret de l'écrivain
Je n'ai pourtant pas encore touché,le fond du puits, il me reste une petite marge à perdre, et j'espère bien pouvoir la savourer. Du reste, j'ai atteint un âge si avancé qu'il est probable que je n'ai plus longtemps à vivre.
Depuis de nombreuses années j'ai la réputation - une réputation qui s'est affirmée au fur et à mesure - d'être un écrivain fini ; dont le déclin est complet et irrévocable. A chaque œuvre que je publiais, on disait , ou du moins on pensait, que j'avais encore descendu une marche. Et il en fut ainsi de chute en chute, jusqu'à l'abîme actuel.
Tout cela c'est mon œuvre. Ce résultat catastrophique, je l'ai recherché avec patience et ténacité pendant plus de trente ans, selon un plan soigneusement préétabli.
Mais alors - demanderez-vous cette faillite,c'est donc vous qui l'avez désirée ?
Précisément, mesdames et messieurs. J'avais remporté en tant qu'écrivain des succès fantastiques, je jouissais d'une renommée très étendue, en somme j'étais un homme arrivé. Mais je pouvais aller beaucoup plus loin encore, il aurait suffi que je le voulusse, pour obtenir sans la moindre difficulté une gloire mondiale.
Eh bien, non ! Je n'ai pas voulu.
Au contraire, j'ai préféré, au point où j'étais arrivé - une magnifique côte, une cime, on peut dire un Monta Rosa sinon un Himalaya - descendre peu à peu, parcourir à nouveau le chemin inverse franchi à grands bonds, vivre les étapes d'une pitoyable décadence; pitoyable seulement en apparence, mes amis, parce que j'en tirais toutes sortes de consolations. Et ce soir, dans ces pages que je glisserai dans une enveloppe scellée qu'on n'ouvrira qu'après ma mort - j'en explique la raison en révélant mon long secret.
J'avais déjà quarante ans et je naviguais à pleines voiles sur la mer du succès, quand un jour la lumière se fit en moi à l'improviste. Le sort que je me préparais, vers lequel je m'acheminais, un sort de gloire mondiale - je le répète - d'affirmations sensationnelles, d'honneurs, de popularité, de victoires confirmées dans le monde entier, m'apparut dans toute sa misérable désolation.
L'élément matériel de la gloire ne m'intéressait pas parce que j'étais plus riche que je ne pouvais le souhaiter. Et le reste ? Le bruit es applaudissements, l'ivresse du triomphe, la fascinante lumière pour laquelle tant d'hommes et de femmes ont déjà vendu leur âme au diable ? Chaque fois que j'en goûtais une miette, il me restait dans la bouche un goût amer et une certaine sécheresse. Après tout - me disais-je - quelle est la suprême manifestation de la gloire ? Tout simplement celle-ci : quelqu'un passe dans la rue et les gens se retournent et murmurent Tu as vu ? c'est lui ! - Tout est là, rien de plus, ah ! c'est vraiment une belle satisfaction ! Et cela, notez-le bien, n'arrive que dans des cas exceptionnels, celui des très grands personnages politiques ou d'actrices extrêmement célèbres. S'il s'agit d'un simple écrivain,il est bien rare, de nos jours, que quelqu'un le reconnaisse dans la rue.
Mais il y a aussi le côté négatif. Et ce n'était pas tant les empoisonnements quotidiens tels que rendez-vous, lettres, coups de téléphone des admirateurs, interviews, obligations, conférences de presse, photographes, radio, etc., qui irritaient mais bien le fait que chacun de mes succès qui m'apportait de si maigres satisfactions, causait un déplaisir profond à quantité de gens. Oh ! les têtes de certains amis et collègues, dans mes jours fastes ! comme elles me faisaient de la peine ! C'étaient de braves garçons, honnêtes et travailleurs, auxquels j'étais attaché par de vieux liens d'affection et d'habitude, alors pourquoi les faire autant souffrir ?
Tout d'un coup je mesurai la somme des douleurs que je répandais autour de moi à cause de ma ridicule frénésie d'arriver. Je confesse que je n'y avais jamais pensé. Et j'en éprouvai du remords.
Je compris aussi qu'en poursuivant mon chemin, j'aurais recueilli de nouveaux et toujours plus riches lauriers, mais par contre j'aurais fait souffrir beaucoup de cœurs qui ne le méritaient pas. Le monde est riche en peines de toutes sortes mais les morsures de l'envie sont parmi les blessures les plus sanglantes les plus profondes, difficiles à guérir et dans l'ensemble dignes de pitié.
Réparer, voilà ce que je devais faire. Et c'est alors que je pris ma grande décision. Du sommet où j'étais parvenu, j'avais la possibilité, Dieu merci, de faire beaucoup de bien. Plus j'avais accablé mes semblables de mes succès, plus grandes étaient les consolations que je pouvais maintenant, par ma déchéance, leur offrir. Qu'est-ce que le plaisir en effet sinon la cessation de la douleur? Et le plaisir n'est-il pas directement proportionnel à la souffrance qui l'a précédé ?
Il me fallait donc continuer à écrire, ne pas ralentir le rythme de mon travail, ne pas donner l'impression d'une retraite volontaire, qui aurait été une mince consolation pour mes confrères, mais, dans une merveilleuse mystification, dissimuler mon talent en fleur, écrire des choses moins belles, feindre un amoindrissement de mes facultés créatrices. Et procurer à ceux qui attendaient de moi de nouveaux coups féroces, la joyeuse surprise de mon écroulement.
L'entreprise, apparemment simple, car le fait 'exécuter des choses insignifiantes ou mauvaises ne coûte pas la moindre fatigue habituellement, était en réalité difficile pour deux raisons.
D'abord, il fallait arracher aux critiques des jugements négatifs. Maintenant j'appartenais à la catégorie des écrivains célèbres, solidement cotés sur le marché esthétique. Le fait de parler en bien de moi entrait désormais dans un conformisme de stricte observance, Et les critiques, on le sait, une fois qu'ils ont placé un artiste sur la sellette, c'est toute une affaire pour les faire changer d'avis.
En somme, à supposer qu'ils se soient aperçus que je m'étais mis à écrire des idioties - mais s'en seraient-ils aperçus ? - les critiques seraient restés fermes sur leurs positions, continuant à me couvrir de louanges ?
Deuxième point : le sang n'est pas de l'eau et cela me coûterait un grand effort de réprimer l'impulsion irrésistible de mon génie. Entre les lignes, même en m'astreignant à la platitude et à la médiocrité, cette lumière au pouvoir mystérieux pouvait encore filtrer. Revêtir une autre personnalité pour un artiste, est une lourde tâche, même si son intention est de faire une mauvaise imitation.
J'y suis parvenu toutefois. J'ai réprimé pendant des années ma nature impétueuse : j'ai su dissimuler, avec une subtilité qui à elle seule suffirait à témoigner de la grandeur de mon talent ; j'ai écrit des livres qui ne me ressemblaient pas, de plus en plus faibles, essoufflés, sans queue ni tête, à l'intrigue pauvre, aux caractères décousus, dans un style pénible. Un lent suicide littéraire. Et les visages des amis et des confrères, à chaque nouveau livre, étaient un peu plus sereins et reposés. Je les soulageais progressivement du poids angoissant de l'envie, les pauvres ! Ils reprenaient confiance en eux, ils se retrouvaient en paix avec la vie, ils recommençaient à éprouver une véritable affection pour moi. Ils s'épanouissaient de nouveau. J'avais été pendant trop longtemps une écharde plantée au plus profond de leur chair. Maintenant j'étais en train d'extraire doucement cette épine empoisonnée et ils s'en trouvaient tout soulagés.
Les applaudissements s'affaiblirent, l'ombre tomba sur moi, et cependant je vivais lus heureux, je ne sentais plus autour de moi le souffle ambigu de l'admiration mais une onde de chaude bonté et de gratitude. Je retrouvai dans la voix des confrères cet accent clair, frais, généreux de jadis quand, tout jeunes encore, nous ne connaissions rien des misères de la vie.
Mais alors - me demanderez-vous - vous écriviez seulement pour quelques douzaines de confrères ? C'était là toute votre vocation ? Et le public ? l'immense multitude des contemporains et de la postérité dont vous pouviez consoler le cœur ? Votre art était donc si mesquin ? Je répondrai : c'est vrai, la dette que j'estime avoir envers mes amis et confrères n'est qu'une bêtise comparée à celle que j'ai contractée envers l'humanité tout entière. Mais je n'ai rien soustrait à mon prochain, je n'ai rien enlevé au public inconnu éparpillé sur la surface du globe, aux générations de l'an 2000. En cachette, pendant...
Le reste se trouve ici : Le K :
Nouvelles / Dino Buzzati ; trad. de l'italien par Jacqueline Remillet.
- Paris : Librairie générale française, 1987. - 379 p. : couv. ill. en
coul. ; 17 cm. - (Le livre de poche ; 2535 )
ISBN 2-253-00836-2
*et Lewis se trouve ici
30 mai 2008
Poudoupoudoupoudou !
La question que je me pose depuis la nuit des temps à savoir
"Comment faire pour qu'un témoin de Jéhovah s'en aille?"
vient en fin de trouver une réponse irréalisable mais empreinte de poésie...
Différents cas de figure m'ont déjà été exposés :
- La solution du croyant, répondre "Je suis catholique pratiquant et convaincu", elle fonctionne paraît-il mais je n'aime pas mentir.
- On peut être agressif, sur la défensive mais ils reviennent quand même pensant probablement qu'on a besoin de l'aide de leur Dieu.
- La solution allemande à savoir accueillir le témoin dans le plus simple appareil. Ma pudeur m'interdit une telle pratique je n'ai jamais essayé.
- L'absence de signe de vie, ils reviennent encore plus vite.
- Avoir un témoin de Jéhovah marié à une personne qui ne l'est pas dans sa rue. C'est un des meilleurs moyens, ils ne passent JAMAIS!
- La solution choisie par Bernard Black dans Black Books pour échapper à sa déclaration d'impôts à savoir les faire entrer avec un grand sourire, leur proposer un siège, du thé, les écouter, leur demander des livres (erreur ultime à ne pas commettre car là, on est fiché définitivement) et les laisser exercer leur mission. Ça donne ça (source : wikiquote) :
(...)[Bernard is trying in vain to do his taxes; there is a knock at the door]
- Bernard: Oh, thank Christ!
[Bernard opens the door to reveal two Jehovah's witness']
- Jehovah's Witness #1: Hello. We were wondering if we could talk to you about Jesus?
- Bernard: ... Great! Come in! [waves them in]
- Jehovah's Witness #1: [Stunned] What?
- Bernard: I'd love to hear about Jesus. What's he up to now?
- Jehovah's Witness #2: It's a trap!!
- [After being admitted to the shop to discuss Jesus; Bernard is waiting for the Jehovah's Witnesses to start]
- Jehovah's Witness #1: Well, to be honest... we've never actually thought this far ahead. [Looks around] It's nice this... indoors.
- Bernard: So, so what's your favourite story about Jesus?
- [Pause. The two Jehovah's Witnesses think very hard]
- Jehovah's Witness #1: Oh yes! The one where Jesus rescues the Samaritan.
- Bernard: No, that's a story Jesus tells about a Samaritan who rescues someone else.
- Jehovah's Witness #1: [Surprised] Really?
- (...)
- Enfin, il y a LA solution dépeinte dans le petit bijou dont je déguste quelques pages chaque jour :
*
© Raimund Koch / Getty images
(...)
En bon gardien, le libraire suivait la vie de ses livres, saluait ceux qui partaient et accueillait les nouveaux venus. Il veillait sur leur sommeil, sur leur propreté et vers midi, le libraire allait jusqu'à nourrir ses livres, c'est à dire qu'il en prenait quelques-uns au hasard et en lisait des passages aux autres, à voix haute, en marchant dans les allées.
Un nouveau témoin de Jéhovah entra dans la librairie.
Le libraire le salua sans s'arrêter de lire.
Le témoin rendit son salut au libraire et attendit en l'écoutant.
Alors, sans que le témoin rendit son salut au libraire et attendit en l'écoutant.
Alors, sans que le témoin s'en rende compte, le libraire ne choisit plus ses lectures au hasard et lorsqu'il s'arrêta, le témoin remercia simplement le libraire, avant de s'en aller en oubliant complètement de lui parler de la joie de la beauté de la vie, mais joyeux lui-même, et beau aussi.
Poudoupoudoupoudou !
(...)
*Le libraire / Régis de Sá Moreira. - Paris : Librairie
générale française, 2007. - 189 p. :
couv. ill. en coul. ; 18 cm. - (Le livre de poche ; 30619)
19 mai 2008
Bulles
Petite histoire de l'origine des Bulles et de leur Enfer :
"Sous les pavés, la bulle.
Il faut savoir être modeste, toute mon « œuvre littéraire » aura consisté à avoir donné un mot à la langue française. Non, même pas un mot : une nouvelle acception d’un mot, mais elle est si bien ancrée dans le langage qu’elle me survivra. Jusqu’au mois de juin 1968, les personnages de bande dessinée s’exprimaient dans des ballons, ou, pour les puristes, dans des phylactères. Le mot « ballon » venait de balloon utilisé outre-Atlantique car il ne faut pas oublier que les petits Mickeys nous viennent d’Amérique. Aujourd’hui encore les plus anciens auteurs de BD en France parlent de « remplir les ballons ».
En juin 1968, je publiai L’Enfer des bulles aux éditions Jean Jacques Pauvert, un gros album consacré à l’érotisme dans la bande dessinée. À l’époque la censure ne plaisantait pas avec tout ce qui touchait de près ou de loin au sexe, tante Yvonne (l’épouse de De Gaulle) y veillait, il fallait ruser avec elle (le mot « elle » s’applique indifféremment à la censure ou à tante Yvonne). La Bibliothèque Nationale garde ses ouvrages érotiques ou licencieux dans une partie surnommée « l’enfer », d’où le choix de ce mot comme titre de mon ouvrage.
Mais L’Enfer des ballons était ridicule et L’Enfer des phylactères pire encore. Pauvert et moi avons envisagé L’Enfer des fumées car les Italiens nomment leurs BD des fumetti, au moins le feu et la fumée avaient un rapport, mais le titre n’évoquait en rien la bande dessinée. C’est alors que Jean Jacques, désignant un ballon, me dit : « Ça évoque aussi une bulle ». Je réfléchis et lui répondis : «Personne n’appelle ça une bulle, mais L’Enfer des bulles, c’est intrigant. Alors, pourquoi pas ? »La fortune du mot fut immédiate car l’album amusa de nombreux journalistes. Ils n’étaient pas spécialistes de BD et ils s’imaginèrent que « bulle » était d’usage courant. Quelque temps plus tard, Serge Gainsbourg le reprit dans une chanson, Ip-Shebam-Pow-Blop-Wm (orthographe non garantie). Il était toujours à l’affût d’expressions nouvelles et branchées. Bien sûr, lors de la parution de l’album, des dessinateurs et scénaristes amis, Forest, Druillet, Gotlib, Mœbius, etc., me demandèrent tout d’abord si j’avais perdu la tête, puis ils admirent mes explications.Peut-être devrais-je entreprendre les visites académiques rituelles et demander un fauteuil à l’Académie française pour avoir fourni un mot à son dictionnaire. Après tout, on y élit bien des généraux qui n’ont même pas écrit une ligne de l’Histoire de France."*
© J'ai lu
*C'est dans la poche ! : souvenirs science-fictifs et autres / Jacques Sadoul. - Paris : J'ai lu, 2007
15 mai 2008
Une maison AVEC ou sans bibliothèque?
*Du plus loin que je me souvienne, j'aime le compagnonnage des livres. La chance a voulu que l'on m'en offre beaucoup dès la petite enfance. Avancer dans la vie bardée de papier imprimé est une manière de se protéger des duretés de l'existence, de s'éclairer. Une maison sans bibliothèque m'est toujours étrangère, voire hostile.

Couverture de "L'auteur et son libraire" © François Schuiten
Elle me semble "déshabitée", privée de cette peau particulière et vitale que forment les volumes flanc contre flanc le long des murs. C'est pourquoi sans doute j'ai fréquenté très tôt les librairies. Une maison des livres est plus qu'une maison. Elle est un refuge, un antre, un lieu où l'immobilité est le signe du voyage. Le lecteur, on le sait, est le plus sédentaire des grands voyageurs. (...)
*Du plus loin que je me souvienne / Michèle Gazier. - in "L'auteur et son libraire. - Bruxelles : éd. D. Devillez, 2006. - p. 21-26"








