Gothic SENEBRUS

Lieu de passage entre Tlön et Urbicande...

10 avril 2009

Autodafé arctique

Je ne les ai vus qu'en photos et je dois dire que j'ai hâte de voir les travaux de Matej Krén.

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Voici la présentation du travail de l'artiste trouvé sur le site de la Revue Nouvelles-hybrides. Je laisse à l'auteur de ce texte la responsabilité de son analyse. Je me limiterai juste à préciser que cet artiste a trouvé son PASSAGE, c'est tout ce qui compte à mes yeux.

Bibliothèque glacée / et.c

Matej Kren est un artiste très inhabituel, même parmi les artistes contemporains, pour lesquels l’originalité est une obligation.

Que fait-il ? Par exemple des tours de livres empilés qui donnent l’impression, grâce à des miroirs habilement disposés, de se prolonger à l’infini vers le haut comme vers le bas. Ou bien il transforme des livres en objets qui ressemblent à s’y méprendre à des pierres, de formes et de textures extrêmement variées, qu’il dispose ensuite en jardin minéral miniature (parle-t-on de « bonsaï » pour les pierres ?). Ou bien il brûle chaque volume d’une Histoire de l’Art et l’insère dans un cube de verre en fusion, le résultat ayant l’apparence d’un gros glaçon de verre laissant entrevoir les restes d’une obscure catastrophe. Ou encore il monte un large miroir sur un mécanisme de porte de garage et invite à découvrir le lieu environnant par le biais de ses déplacements.

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Chacune de ces installations est de prime abord très impressionnante, par la nouveauté et la radicalité de sa conception comme par la réalisation extrêmement longue, complexe et précise qu’elle suppose.

On suppose bien sûr que cet artiste ne fait pas de telles choses seulement pour épater le public avec son aptitude à réaliser des exploits artistiques qui pourraient lui valoir une mention dans le Livre des records. Toutes ces œuvres énigmatiques signifient quelque chose, mais quoi ? Les critiques qui ont eu l’occasion de voir les premières versions de sa tour de livres l’ont rapprochée de la fameuse Bibliothèque de Babel imaginée par Borges, et bien sûr il y a quelque chose de commun, mais le sens de cette fiction borgesienne n’est pas si évident qu’on le croit, et l’apparition d’œuvres nettement différentes dans leur forme comme dans leur principe oblige à interroger la démarche de Matej Kren dans son ensemble.

L’hypothèse qui vient à l’esprit semble assez improbable, mais elle « colle » avec ce qu’on peut voir et … je n’en vois pas d’autre. Il me semble que toutes ces œuvres improbables disent une même pensée fondamentale : l’art est mort, l’histoire de l’art est finie, la culture est morte, les bibliothèques n’ont plus lieu d’être, le cinéma n’est qu’un divertissement. Quelqu’un qui a ce deuil en tête (et ceux qui ont fait le constat de l’incroyable misère artistique et poétique de notre époque comprendront sans trop de difficulté cette vision désolée de l’histoire de la culture dans ce qu’elle a de plus sublime) peut utiliser les livres comme matériaux de construction, ou les transformer en pierres, ou brûler des volumes d’Histoire de l’art, ou remplacer le cinéma par le spectacle de la salle de spectacle. Une pensée si noire paraîtra immédiatement choquante et d’un pessimisme apocalyptique inacceptable pour quiconque ne s’est jamais demandé ce que signifiaient les œuvres d’avant-garde, du Futurisme au Conceptualisme, mais ceux qui sont un tant soit peu familiers de ces ruptures radicales avec tout ce qui a précédé en reconnaîtront vite une nouvelle variante : à une époque où plus personne ne croit aux avant-gardes, Matej Kren est un avant-gardiste type. Comme il est conscient de cet anachronisme (vers la fin des années 80, en réaction au « postmodernisme » dont tout le monde se gargarisait alors, il avait forgé, pour caractériser l’époque, le néologisme de « postintelligence », et ma foi, … nous y sommes encore, non ?), il s’est formé une version « zen » de la pensée du dépassement de l’Art (qui a toujours partagé l’anti-intellectualisme de cette branche du Bouddhisme). Ses œuvres sont des utopies sensibles, des utopies alternatives aux mondes fictifs des œuvres d’art, des livres ou des films, des utopies de fin de l’imagination et de retour à la réalité pure, non filtrée. À cet égard il est de la « famille » spirituelle et artistique de Duchamp, Cage, Degottex, Tinguely, Klein, Dietman, Filliou, Dupuy ou, parmi les tchèques et slovaques, Bostik, Kolar, Sykora, Knizak, Bartusz, Kern, Sikora, Toth, Bockay ou Fischer.

Si maintenant on fait abstraction des limites de « l’art contemporain » (qui a trouvé dans ce genre d’entreprise artistique son sens le plus fort, dans la mesure où elles suscitent des œuvres qui permettent de retrouver l’absolu du présent), l’omniprésence des miroirs dans ce que fait Matej Kren conduit à un autre rapprochement avec Borges : dans la civilisation fictive de Tlön, les miroirs sont interdits. Pourquoi ? Parce qu’ils multiplient les êtres. Ils engendrent des doubles imaginaires de tout ce qui peut s’y refléter, et « l’âme » de Tlön a tous les doubles en horreur, qu’ils soient créés par les miroirs, la mémoire, l’imagination ou la pensée. Réfléchissez à l’usage que Kren fait des miroirs, et vous comprendrez qu’il cherche à empêcher les livres, les œuvres ou les écrans de faire leur travail de miroirs métaphoriques. Les illusions d’infini que créent les miroirs dans les tours de livres, par exemple, révèlent la vérité matérielle de l’infinité de la culture livresque, font apparaître les livres du côté absurde où ils ne « réfléchissent » rien.

Étrange forme de la passion de la vérité et de la haine de toute illusion. Cette création de lieux vertigineux à partir de restes morts de la culture ne manque certainement pas d’ampleur. Mais elle ne manque pas non plus d’une certaine naïveté, car on n’échappe pas aux doubles, nous sommes incapables de nous contenter du seul présent et de la seule présence « réelle », matérielle : quand les miroirs montrent l’illusion des miroirs, seul le fou les regarde, mais que celui qui ne se conduit pas comme ce fou là aille jeter la première pierre sur ces objets du diable …

Et puis, on peut penser que l’art n’est pas mort, qu’il est même loin d’avoir dit son dernier non mot ; et que même ces tentatives désespérées pour le lui faire hurler contribuent, si besoin est, à faire la preuve de son aptitude à toujours renaître de ses cendres.

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15 juillet 2008

Passage perdu

Le blog de Trobenet m'a appris la disparition d'un passage vers Brüsel que j'appréciais malgré toutes les critiques dont il fut victime...

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Equilibro Speso / Mauro Staccioli © Patrick Rebberechts

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18 mai 2008

Le Modulor de Brancusi

Avec L'oiseau dans l'espace, je pense que Brancusi a créé son Modulor.

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© Centre Pompidou

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